Je pars pendant 5 jours en Provence avec 8 femmes, ce qui fait 9 avec moi (et pas des moindres). Je me demande si mon corps résistera à une telle dose d’oestrogènes, mais aussi si mon stoïcisme résistera au lâcher prise du Sud. Carine me propose des aménagements. Elle est maline, elle me laisse la porte ouverte pour que je la refuse moi-meme. Elle agit un peu comme un conseil de théologiens qui lance une fatwa de dérogation alimentaire en te disant te faire du mieux que tu peux. Carine, le rabbin de la perte de poids progressiste t’amenant à ton propre empowerment. 

8femmes

Je fais mes courses la veille : ce sera omelette aux asperges picard et fenouil à croquer. La pomme a été dûment remplacée par du fenouil que je croque allègrement à toute heure et en toutes circonstances. Je pense à un album reprenant toutes les expressions de mon entourage à la vue de me voir croquer un fenouil à 10.28 avant une réunion, en faire un book et vendre ça à National Geographic dans la catégorie « Whaaaaaaat ».

Je fais ma valise et case mes sachets en dernière minute dans le sac en tissu qui a dans lequel mon nouveau sac Yeba a été livré. Sur le quai de la gare, on dirait la fugueuse de la maison du surpoids avec son baluchon de futur-ex kilos en trop.  

Je repense à Tariq Ebnou Zyad lorsqu’il s’apprêtait à envahir l’Espagne, lorsqu’il a lancé à ses troupes du haut du détroit de Gibraltar : « la mer est devant vous, l’ennemi est derrière vous, où est l’échappatoire? »

Je suis à la conquête du moi plus affiné, plus équilibré.

Jour 1 :

« Les filles, où est la viande? le poisson? le poulet? non, rien? » Le végétarisme est fortement déconseillé dans ma religion. Il devrait d’ailleurs être interdit, sous réserve d’un comportement en pleine conscience (et là, c’est ma kinésio qui parle)Mes tripes entières réclament de nourrir la bête carnivore qui vit en moi. Face à mon regard carnassier perdu, on décide de les mettre dans la liste des courses du lendemain.

J+ 13, 2ème jour de vacances

Je rajoute des points à mon karma égotique avec les félicitations et les encouragements des filles : Sénèque à coté de moi, c’est un petit joueur. Desserts, pains, fromages, cubi rosé, fraises de saison passent à côté de moi comme un oiseau mort lépreux devant un chat : inintéressant, n’est ce pas. Même pas envie de jouer avec les papates.

L’avantage de voyager avec autant de femmes, c’est qu’il y’a forcément des dérogations à la règle du #onestenvacancesonmangenimportequoi. Y’en a une qui ne mange pas de fromage, l’autre, pas de gluten, une autre est shootée au sel, une autre pas de crustacés ni coquillages, une autre est allergique au poivre,…tu as nettement moins l’impression de perturber la dimension psycho-sociale du groupe, déjà fort flex – on est entre femmes. ça, ça change tout.

Le moment crucial : quand le dessert est offert par le restaurant, un dessert devant lequel toutes s’extasient, même celles qui sont au régime low sugar en principe. Une sorte de mousse au chocolat très compacte, glacée, aux grains de sels de camargue et à la cannelle, rehaussé d’un biscuit qui semble presque aérien tout en ayant une structure super croquante. Certaines ont presque atteint le climax en le dégustant. La, tu te poses la question existentielle : la vie vaut elle vraiment d’être vécue quand on ne peut savourer avec ses girlsmate un moment d’extase commune, qui, vraisemblablement, ne sera pas là demain?

Mon mental de psychopathe extrémiste verrouille tout de suite la conversation : ce sera non.

noprince

Pour le chocolat, la seule dérogation possible serait éventuellement du Pierre Marcolini. quitte à merder, tâcher de garder à l’esprit qu’on a pas renversé la Bastille pour n’en faire qu’un opéra.

« je te vois maigrir de jour en jour » me disent-elles. « que tu es courageuse » « bravo, t’as pas craqué ». Je leur dis que si j’ouvre la porte, elle sera ouverte à toutes les fenêtres?

Heureusement, pour se nourrir le moral, il y’a l’ambiance particulière qui se crée entre un groupe de femmes vivant ensemble : la légende urbaine veut que nos phéromones s’ajustent les unes aux autres…c’est à moitié vrai, car ce n’est pas assez fort  : 9 femmes pendant 4 jours dans le même espace, c’est un peu comme une symbiose naturelle qui crée une connexion chimique et psychologique naturelle, comme la création d’un seul mindset, une émotion diffuse et unique. C’est parfois particulier, d’autres électriques, un peu comme dans le film, mais tellement vrai et bienveillant…Essayez, vous me raconterez. Puis, juste l’effet d’annonce à vos copains en vaut le détour : dites que vous partez avec 8 copines et vous verrez naître chez ces mâles une expression plutôt inédite.

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